« Perdita Wane », in memoriam Jacqueline Peltier

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Nous avons eu la très grande tristesse d’apprendre le décès de Jacqueline Peltier, survenu le 24 juillet 2019.
Quelques semaines auparavant elle nous avait présenté la jaquette de sa traduction de Weymouth Sands (Simon and Schuster, New York, 1934), alors en cours de finalisation. Le livre est désormais publié.
Jacqueline a judicieusement choisi le titre Perdita Wane, du nom de l’un des personnages du roman de John Cowper Powys, pour le différencier de la précédente traduction française de Jobber Skald (John Lane the Bodley Head, London, 1935), qui est la seconde édition du roman que Powys avait dû modifier pour le lectorat anglais. Cette seconde édition était jusqu’alors la seule édition traduite en français par Marie Canavaggia, sous le titre de Les sables de la mer (Plon, 1958 et Bourgois, 1972, préface de Jean Wahl).
Perdita Wane est la jeune femme exilée du roman, représentante de l’anatopisme ou sentiment d’exil, une notion tout à fait centrale chez John Cowper Powys. La petite cité balnéaire de Weymouth, où Powys a passé du temps de son enfance chez sa grand-mère qui habitait sur l’esplanade, tel fut le lien de départ entre Jacqueline et John Cowper Powys. Elle-même avait passé des mois de sa jeunesse dans cette cité balnéaire et en gardait de tendres souvenirs. C’est au hasard de la découverte d’un exemplaire de Weymouth Sands au stand du British Council à une Fête des Livres à Nice qu’elle avait pris connaissance de l’oeuvre de John Cowper Powys à laquelle elle allait par la suite consacrer toute sa vie. 
Le travail réalisé par Jacqueline Peltier sur la famille Powys – en particulier John Cowper Powys – est impressionnant. En même temps que le premier site internet en français sur les Powys, elle a tenu pendant seize ans la lettre powysienne, avec l’aide de son mari Max, publiant deux lettres par an au printemps et en automne. Elle a ainsi fédéré des passionnés du monde entier autour des frères Powys, sans se limiter aux seuls académiques. Il y a eu 32 numéros de la lettre powysienne entre 2001 et 2017.
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Elle s’intéressait aussi de près aux femmes proches de John Cowper et Llewelyn Powys, et était l’auteure d’un magnifique texte sur Alise Gregory, la compagne de Llewelyn Powys, Alyse Gregory : A Woman at her Window (Cecil Woolf ed, 1999). Concernant John Cowper Powys, outre sa récente traduction de Weymouth Sands, elle avait par ailleurs publié deux ouvrages de l’écrivain-philosophe. Jacqueline a édité la correspondance avec Henry Miller, Proteus and the Magician, The Letters of Heny Miller and John Cowper Powys (The Powys Society, 2014). Elle avait par ailleurs réalisé la traduction de Suspended Judgements (G. Arnold Shaw, New York, 1916), sous le titre Jugements réservés (Pen Maen, 2016, préface de Marcella Henderson-Peal).
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Un hommage a été rendu à Jacqueline Peltier par les membres de la Powys Society, à Llangollen au Pays de Galles le samedi 17 août 2019. Jacqueline était membre de longue date de la Powys Society, reconnue et très respectée outre-Manche par les spécialistes des Powys.
Nous n’oublierons pas son sourire, sa gentillesse et sa générosité.
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Segalen, l’exote breton

photo Victor Segalen

Victor Segalen est mort à Huelgoat le 21 Mai 1919.

Pour le centenaire de la mort de cet écrivain singulier, romancier, poète, mais aussi médecin, ethnographe, sinologue et archéologue, nous avons choisi de publier, plutôt que quelques citations de ses œuvres, un petit extrait de Kenneth White, un auteur que nous aimons beaucoup : Fin de saison à Huelgoat, en provenance de son livre La maison des marées (Albin Michel, 2005).

Il fait écho à une remarque pertinente d’Axel Becker qui  récemment soulignait que Segalen était « l’un des rares écrivains de notre planète à avoir littéralement préservé l’expérience des étrangers et des autochtones, sans ethnocentrisme. Ses écrits contiennent toute la fascination de l’étranger… »

A lire dans la rubrique Penseurs et poètes en Bretagne.

« La vie est un jeu sérieux », le nouveau roman de Pierrick Hamelin

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Alors voilà. C’est l’histoire de Pierre, installé dans la maison où sa mère – décédée – séjournait quelques semaines chaque année, et qu’il a décidé de rénover. Sauf que Pierre est un disciple appliqué d’Oblomov – le célèbre « héros » du roman éponyme d’Ivan Gontcharov – : c’est un paresseux hors catégorie. C’est que la paresse ici n’est pas un manque d’activité, de motivation, de goût pour l’action ; c’est un style de vie, un choix assumé, une fin en soi : « En fait, ce qui vous agace, je le sens bien, c’est mon refus de justifier mon repos. Je vous comprends : rien, absolument rien ne le justifie. » Et d’amener le lecteur à s’interroger sur le monde où, comme les autres, il s’agite (comme disait déjà Diogène le cynique). Alors que peut faire un paresseux sinon s’imposer d’aller voir le Taj Mahal pour réaliser le rêve de sa mère ? Puisqu’on est dans le « ne rien faire », la jonction est évidente avec le « tout est possible ». La preuve : pour gagner des sous – le monde n’étant pas bien fait, surtout pour les paresseux – il devient coach de vie (« life coaching » en bon français). Autour de lui gravitent plusieurs femmes – Mathilde, Anna, Karen, Eloïse… Alors bien sûr il tombe amoureux – forcément puisqu’il ne fait rien pour ça – et c’est là que les choses se compliquent – forcément, puisqu’il fait tout pour ça. Quand on ne joue pas le jeu du monde, le paresseux est plus exposé que les autres : au rêve, au désir, à la confusion des genres… ce qui le rend plus fragile, ou bien plus fort, allez savoir. Pierre m’a fait penser parfois – pardon pour le poids de la référence – à Meursault, l’Etranger d’un certain Albert C. : insouciant, hors du coup, superficiel, et profond par sa superficialité même. Il y a quelques rebondissements dans le roman de Pierrick Hamelin, mais ce n’est pas l’essentiel, me semble-t-il. L’essentiel, c’est qu’on se coule dans le texte et qu’on goûte la langue, délicate, précise, élégante. Et qu’on aimerait bien un jour se mesurer à ce personnage, savoir si on aurait le cran d’envisager seulement de se donner cette règle de vie : « Je pourrais être ici personne, m’en tenir strictement au temps présent et n’avoir qu’un but, celui de n’en avoir aucun… ». Au moins, ça donnerait le temps de lire les autres livres de cet auteur. Puisque je n’arrête pas de vous  le dire : de toute façon il faut lire Pierrick Hamelin !

Jean-Luc Nativelle, à propos de La vie est un jeu sérieux de Pierrick Hamelin (éditons Les Perséides, 2019).

Site de l’éditeur : http://lesperseides.fr/la-vie-est-un-jeu-serieux/

Dès la jeunesse, avoir la force de l’âge mûr. Dans la vieillesse garder l’élan de la jeunesse.

Qu’apporte la vieillesse dans la vie d’un homme ou d’une femme ? La jeunesse vaut-elle mieux que tout le reste ? Telles sont les questions existentielles posées par la germaniste Geneviève Bianquis à propos des Monologues de Schleiermacher. Une méditation en résonance avec le livre de Pierrick Hamelin, C’était donc ça vieillir ? (Les Perséides, 2018).

Lire dans la rubrique Miscellanées.