Journal d’Amiel, 1860-1861

Nous avons déjà souligné le « mélancolisme » de Henri-Frédéric Amiel, celui-ci est on ne peut plus manifeste dans ces quatre extraits que nous vous proposons, écrits avec un talent littéraire sans pareil. Nous l’apprécions aussi pour ça, Amiel, pour son style.

A lire ici.

Journal d’Amiel, 1856-1860

C’est avec plaisir que nous publions trois nouveaux extraits du Journal intime de Henri-Frédéric Amiel : le premier daté du 22 octobre 1856, le deuxième du 4 juillet 1858, et le troisième du 4 juillet 1860. Le deuxième extrait (de 1858) contient sans doute l’un des plus beaux passages de son Journal. 

J’ai fait des bulles de savon la moitié de la journée. N’est-ce pas ce que je fais aussi toute la vie ?

Et ma vie elle-même est-elle autre chose qu’une bulle colorée, flottante et vide, un rêve, une apparence, dont l’éclat éphémère et le volume chimérique se résolvent en une simple larme, en un vain souffle ?

La suite du Journal d’Amiel est à lire ici.

Journal d’Amiel, 1854-1855

« Retrouvé des impressions oubliées de l’enfance, du collégien, et ces effets inexprimables que font les couleurs, les ombres, les rayons, les haies, les chants d’oiseau sur l’âme qui s’ouvre à la poésie. Je suis redevenu jeune, étonné, simple comme la candeur et l’ignorance. Je me suis abandonné à la vie et à la nature, elles m’ont bercé avec une douceur infinie ; j’étais touché par le doigt de la fée, et je comprenais le langage des choses et des êtres. »

Voilà de quoi satisfaire les deux auteurs de ce blog, tant cela résume leurs communes aspirations.

Merci, donc, au timide et complexé Amiel de nous offrir avec son journal l’exemple d’une âme tourmentée, mais aussi ouverte aux frémissements de la nature et aux souvenirs d’impressions qu’ils charrient.

La suite du Journal d’Amiel est à lire ici.

Journal d’Amiel, 1852-1853

En cette nouvelle année, nous poursuivons la publication d’extraits du Journal intime de Henri-Frédéric Amiel, avec trois nouveaux extraits datés du 6 novembre 1852, 17 juin 1852 et 5 février 1853. Nous apprenons dans le premier que l’écrivain refuse les « passions de paille ». Dans le second il déclare la guerre à tout ce qui avilit la noblesse même de l’homme. Et dans le troisième, il nous rappelle, entre autres, que chaque âme a sa météorologie particulière.

A lire dans la rubrique Journal d’Amiel.

Xavier Grall

En hommage au poète breton Xavier Grall qui s’est éteint il y a quarante ans, très exactement le 11 décembre 1981, nous avons choisi de publier les dernières lignes de son poème le plus long : Solo, une œuvre émouvante, magnifique, écrite au sommet de son inspiration poétique.

A lire sur la page Penseurs et poètes en Bretagne.

Illustration : Henri Rivière, « Averse sur la mer ».

« Chaque paysage est un état d’âme »

Suite du Journal de Henri-Frédéric Amiel.

Trois extraits où l’on apprend que le penseur, qu’il fut à sa manière, « est au philosophe ce que le dilettante est à l’artiste », puis qu’il détient La loi du secret – secret qui paraîtra à beaucoup de nos contemporains incompréhensible, voire impensable…

Enfin, le 3 octobre 1851, il décrit, avec beaucoup de talent, un paysage d’automne. On y découvre sa célèbre formule : « Chaque paysage est un état d’âme ».

Le Journal d’Amiel est à lire ici.

Illustration : Jan Van Goyen, Paysage aux deux chênes (1641)

L’Atelier du roman n°107, « John Cowper Powys, Au commencement fut la sensation »

Le prochain numéro de la revue l’Atelier du roman, coordonné par Lakis Proguidis, est consacré à John Cowper Powys. Nous avons eu le grand plaisir d’y participer aux côtés de nos amis Denis Grozdanovitch et Marcella Henderson-Peal.

Voici sa présentation :

Vu l’inquiétude, feinte ou sincère, qui s’empare de l’homme contemporain face au sort de la nature et des enfants contemporains face au sort de la planète, il nous a semblé que la lecture et relecture de l’œuvre de John Cowper Powys (1872-1963) était nécessaire, voire vitale. La tâche a été accomplie par une douzaine d’écrivains. Sans consultation préalable et libres de leurs choix, ils aboutissent tous au même constat – chacun à sa manière : s’il y a une grande leçon à tirer de Powys, elle ne peut concerner que la disparition progressive du rapport sensuel de l’homme à la nature. Disparition dont nous sommes désormais bien placés pour mesurer les conséquences catastrophiques.

En librairie le 2 décembre 2021. 192 pages.

Le Journal intime d’Amiel

Henri-Frédéric Amiel, né à Genève en 1821 et décédé dans la même ville en 1881, est l’auteur d’un Journal on ne peut plus volumineux : il compte en effet près de 17000 pages. Ce Journal intime, tenu de façon intermittente dès 1839, puis de façon régulière à partir de 1847 jusqu’à sa mort, a fait l’objet d’une publication en douze forts volumes par les éditions l’Âge d’Homme que nous avons eu le plaisir de lire… pas tout à fait encore entièrement mais presque.

Loin de nous l’idée de recopier, à l’instar de l’artiste français Gérard Collin-Thiebaut, l’intégralité du Journal de cet infatigable esprit qui y consignait, entre passion et raison, élan et mal-être, des réflexions sur son travail, des commentaires, souvent impitoyables, des œuvres de ses contemporains, les menus événements de sa vie et ses questionnements existentiels, presque rien parfois mais qui exaltait sa pensée…

Nous proposons dans le cadre de ce blog de vous faire régulièrement part de quelques extraits, arbitrairement choisis, qui nous ont paru le miroir le plus juste des méandres de sa vie intérieure et de son indéfectible mélancolisme, s’il est permis de nommer ainsi sa façon d’être au monde.

« Je n’ai jamais avoué, écrira-t-il, mes peines profondes qu’à mon Journal ». Très vite, Henri-Frédéric Amiel considère son Journal intime comme un compagnon, un ami. Celui-ci le console de sa solitude, donne un ton moral à ses états d’âme et à ses confidences, l’apaise et le réconcilie avec lui-même au détour de ses tourments et de ses défaillances, lui sert à la fois de lumière intérieure et de carapace, mais aussi « d’oreiller de paresse » pour esquiver la vie, reconnaît-il, plutôt que de la pratiquer. Il le voit parfois comme un « prodigieux gaspillage de temps, de pensée et de force », mais, porté par un besoin d’idéal, s’accroche à la mission qu’il lui a confié : rendre « [son] âme plus haute ».

Son souci de transparence, réel, qui fait d’ailleurs, en sus de son élégance littéraire, tout l’intérêt de ce Journal, n’en rencontre pas moins les difficultés inhérentes au langage et à l’acte même de l’écriture qui toujours se heurtent à l’impossible adéquation du dire et de la vérité sur soi. Il le sait et reconnaît qu’il ne se retrouve parfois que partiellement dans ce qu’il écrit sur lui-même : « Je suis un peu plus heureux, un peu moins mauvais, un peu moins faible que ne le dit et le croit mon Journal. » (16 juin 1866).

Spectateur de sa propre vie, quelle image avait-il au juste de lui-même ? Il en est une – une idée physique qui l’affecte, pourrait-on dire – entretenue sans doute par sa mélancolie quand il n’arrive plus à la tenir à distance, qui semble naturellement s’imposer à lui : souvent il se voit comme « une ombre sans substance, un rêve insaisissable, un simple bruit de la vie », et compare son existence à celle d’une bulle de savon :

« A quoi bon vivre ? me demandais-je avant-hier ; et je ne savais trop que répondre, sinon que c’est la volonté de Dieu. J’ai fait des bulles de savon la moitié de la journée. N’est-ce pas ce que je fais aussi toute la vie ? Et ma vie elle-même est-elle autre chose qu’une bulle colorée, flottante et vide, un rêve, une apparence, dont l’éclat éphémère et le volume chimérique se résolvent en une simple larme, en un vain souffle ? » (24 Juillet 1858).

Henri-Frédéric Amiel n’est pas dupe, il est conscient du vide qui habite chacun et du besoin que nous avons de le remplir de croyances, qui peut-être ne sont que des illusions, mais dont il défend, à la manière de Leopardi, la nécessité . « L’erreur des cerveaux étroits, écrit-il, est de ne pas rendre justice à l’illusion, c’est à dire à la vérité relative, purement psychologique et subjective ». Et tant pis si par moments, gagné, en ce qui le concerne, par le scepticisme, il sent « se heurter dans sa conscience tous les systèmes opposés : stoïcisme, quiétisme, bouddhisme, christianisme ». Il fut en effet un peu tout cela… si bien qu’il se demande un jour en quoi au juste il a foi. Il assure d’abord ne rien en savoir, puis dans un mouvement de lucidité, s’adressant à lui-même, contre toute attente, il se dévoile : « Dans ton être ironique et désabusé, écrit-il, il y a un enfant, un simple, un génie attristé et candide, qui croit à l’idéal, à l’amour, à la sainteté, à toutes les superstitions angéliques.[…] Tu es un faux sceptique, un faux insouciant, un faux rieur ». Une belle individualité en tout cas, absolument singulière et dont la complexité est fascinante, d’autant plus qu’elle nous renvoie, l’air de rien, à la nôtre…

Rendez-vous sur la rubrique du Journal d’Amiel.

« Enfance nantaise », de Pierrick Hamelin

Les souvenirs d’enfance que nous rapporte la malicieuse mémoire de l’auteur dans ce recueil nous renvoient inévitablement à nos propres expériences de la première fois ; celles du chagrin, du secret, de la peur, de la mort, de la sexualité et d’autres, toujours enchâssées dans des événements particuliers, presque rien parfois…

Pour découvrir un extrait du dernier livre de Pierrick Hamelin, Enfance nantaise, rendez-vous dans la rubrique Miscellanées.