« Une philosophie de la solitude » de John Cowper Powys

Les éditions Allia ont eu l’excellente idée de rééditer la traduction de A philosophy of Solitude (1933), traduit par Michel Waldberg et initialement publié aux éditions La Différence en 1984. Cet essai de John Cowper Powys étant devenu introuvable, les amateurs de Powys se réjouissent de sa réédition chez cet éditeur.

Ce texte, d’une haute valeur inactuelle, a été initialement publié aux États-Unis en 1933, à l’époque où Powys vivait dans sa demeure champêtre d’Hillsdale, au nord de l’État de New York. Après des années passées à sillonner les routes d’Amérique, à donner des conférences auprès d’un public varié, amateur de littérature et de philosophie, Powys dépose ses valises dans cette maison isolée, où il s’installe avec sa jeune compagne Phyllis Playter. Là il compose plusieurs des volumes les plus marquants de son œuvre : In Defense of Sensuality (1930), A Philosophy of Solitude (1933), Weymouth Sands (1934) et Autobiography (1934).

Dans une première partie, l’auteur présente la filiation des philosophes et poètes « élémentalistes », qui, avant lui ont su exprimer le lien indéfectible entre l’homme et le cosmos et une manière d’accepter les turpitudes de l’existence humaine par une disposition mentale contemplative : les taoïstes Lao-Tseu et Kouang-Tseu, le présocratique Héraclite d’Éphèse, les sceptiques grecs et romains Épictète et Marc Aurèle, le philosophe français Jean-Jacques Rousseau, et enfin, plus proche de lui dans le temps et dans l’espace, le poète anglais William Wordsworth.

Mais Powys ne se contente pas d’énumérer une filiation de penseurs et de poètes, et va plus loin, en présentant à son lecteur les divers aspects de sa philosophie de la vie, par le prisme de la question de la solitude. Contrairement au philosophe espagnol Miguel de Unamuno, dont Powys évoque à plusieurs reprise le célèbre Sentiment tragique de la vie (1913), il n’est pas question de s’apitoyer sur le caractère tragique de la solitude humaine chez notre philosophe, poète et romancier anglais. La solitude est en effet pour Powys le « noyau central magnétique » de notre individualité, ce par quoi les humains ont le loisir de goûter à tous moments dans leur existence au « plaisir qu’il y a dans la vie-même ».

Loin de concevoir la solitude comme une position mortifère inhérente à l’existence humaine, Powys l’érige comme le principe même du bonheur terrestre. Chaque homme, chaque femme, a la possibilité d’éprouver de sa position d’être solitaire tout ce que le monde offre aux sens, que ce soit dans dans moments d’exhalation dans la confrontation avec un magnifique paysage naturel ou en plein désœuvrement, au cœur d’une grande ville polluée et triste. Grandiose ou réduite à de rares expressions, la nature est toujours là pour rappeler aux humains leur lien avec le grand Tout. Powys insiste aussi sur la faculté propre à la mémoire humaine de faire le tri entre les souvenirs et sensations pour n’en conserver que les meilleurs et les raviver à son gré, dans les moments de solitude.

Parmi les éléments naturels, le vent, par sa capacité à raviver des souvenirs lointains et à imprimer à l’instant présent un caractère d’éternité, est pour John Cowper Powys le médium par excellente de sa philosophie contemplative.

Nous vous invitons à lire l’extrait de Une philosophie de la solitude sur le vent éternel dans La rubrique des frères Powys.

John Cowper Powys, Une philosophie de la solitude, Éditions Allia, 2020 (12 euros)

Goulven Le Brech

Dans le jardin de Pierrick Hamelin

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Ces jours derniers, en rangeant des fichiers de son ordinateur, Pierrick Hamelin a retrouvé des textes oubliés… Y regardant de plus près, il a constaté un ensemble de textes regroupés pour un projet de deuxième numéro de notre revue éphémère Oblivion, sur le thème du jardin.

Un des ces textes est à découvrir dans la rubrique Miscellanées.

Illustration : Giuseppe Arcimboldo, Vertumne (Rodolphe II)

 

 

 

« Comment ça va ? » de Pierrick Hamelin

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Comment ça va ? Est le titre du dernier livre de Pierrick Hamelin, publié juste la vielle du confinement obligatoire en raison de la pandémie du coronavirus… Le titre était donc bien venu. Jamais, en effet, nous n’avons autant entendu et posé cette question : Comment ça va ?

Pierrick Hamelin regrette donc de l’avoir publié un peu trop tôt, il y aurait certainement ajouté un ou deux textes évoquant la situation présente. Vous le ferez peut-être à sa place, puisque quelques pages sont réservées au lecteur à la fin du livre, invité, lui aussi, à répondre à cette question…

Comment ça va ? rassemble plusieurs textes courts dont deux : La mouche, Powys, et moi, et moi… et Quel souci la vie ont été publiés sur ce blog Entre les vagues, postés dans la rubrique « John Cowper et Llewelyn Powys ». Ils sont composés d’anecdotes et de réflexions philosophiques et psychologiques, souvent teintées d’humour…

Comment ça va ? est publié aux Editions Les Perséides. Petit livre (à peine 100 pages),  petit prix (à peine 10 euros), mais il fait le maximum pour vous donner le sourire en cette étrange période…

Lien vers le site de l’éditeur :

http://lesperseides.fr/comment-ca-va/

« L’ambiance de mars » par Llewelyn Powys

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En ce premier jour de mars, écoutons la douce voix de Llewelyn Powys nous rappelant les premiers signes du printemps.

« The moods of march » est l’un des chapitres de Honey and Gall, studies in mystic materialism (Le miel et le fiel, études de matérialisme mystique), ensemble de textes de Llewelyn Powys publié par Emanuel Haldeman-Julius dans sa collection des Little Blue Books, Girard, Kansas, en 1924 (Little Blue Books n°534). Ce petit livre se compose de onze chapitres : The magic in names, When I consider the heavens, The blessings of longevity, The sense of smell, Open spaces in New York, In durance vile, A circus within a circus, The moods of march, The moods of april, In exitu de Egypto, The inconstant visitor. Il s’agit de textes de prose poétique aux accents pathétistiques et sensualistes, tout à fait caractéristiques de Llewelyn Powys.

Ces textes ont été publiés dans des journaux américains à l’époque pendant laquelle Llewelyn Powys vivait aux États-Unis, à New York.

L’ambiance de mars est à lire dans la rubrique John Cowper et Llewelyn Powys.

« Perdita Wane », in memoriam Jacqueline Peltier

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Nous avons eu la très grande tristesse d’apprendre le décès de Jacqueline Peltier, survenu le 24 juillet 2019.
Quelques semaines auparavant elle nous avait présenté la jaquette de sa traduction de Weymouth Sands (Simon and Schuster, New York, 1934), alors en cours de finalisation. Le livre est désormais publié.
Jacqueline a judicieusement choisi le titre Perdita Wane, du nom de l’un des personnages du roman de John Cowper Powys, pour le différencier de la précédente traduction française de Jobber Skald (John Lane the Bodley Head, London, 1935), qui est la seconde édition du roman que Powys avait dû modifier pour le lectorat anglais. Cette seconde édition était jusqu’alors la seule édition traduite en français par Marie Canavaggia, sous le titre de Les sables de la mer (Plon, 1958 et Bourgois, 1972, préface de Jean Wahl).
Perdita Wane est la jeune femme exilée du roman, représentante de l’anatopisme ou sentiment d’exil, une notion tout à fait centrale chez John Cowper Powys. La petite cité balnéaire de Weymouth, où Powys a passé du temps de son enfance chez sa grand-mère qui habitait sur l’esplanade, tel fut le lien de départ entre Jacqueline et John Cowper Powys. Elle-même avait passé des mois de sa jeunesse dans cette cité balnéaire et en gardait de tendres souvenirs. C’est au hasard de la découverte d’un exemplaire de Weymouth Sands au stand du British Council à une Fête des Livres à Nice qu’elle avait pris connaissance de l’oeuvre de John Cowper Powys à laquelle elle allait par la suite consacrer toute sa vie. 
Le travail réalisé par Jacqueline Peltier sur la famille Powys – en particulier John Cowper Powys – est impressionnant. En même temps que le premier site internet en français sur les Powys, elle a tenu pendant seize ans la lettre powysienne, avec l’aide de son mari Max, publiant deux lettres par an au printemps et en automne. Elle a ainsi fédéré des passionnés du monde entier autour des frères Powys, sans se limiter aux seuls académiques. Il y a eu 32 numéros de la lettre powysienne entre 2001 et 2017.
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Elle s’intéressait aussi de près aux femmes proches de John Cowper et Llewelyn Powys, et était l’auteure d’un magnifique texte sur Alise Gregory, la compagne de Llewelyn Powys, Alyse Gregory : A Woman at her Window (Cecil Woolf ed, 1999). Concernant John Cowper Powys, outre sa récente traduction de Weymouth Sands, elle avait par ailleurs publié deux ouvrages de l’écrivain-philosophe. Jacqueline a édité la correspondance avec Henry Miller, Proteus and the Magician, The Letters of Heny Miller and John Cowper Powys (The Powys Society, 2014). Elle avait par ailleurs réalisé la traduction de Suspended Judgements (G. Arnold Shaw, New York, 1916), sous le titre Jugements réservés (Pen Maen, 2016, préface de Marcella Henderson-Peal).
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Un hommage a été rendu à Jacqueline Peltier par les membres de la Powys Society, à Llangollen au Pays de Galles le samedi 17 août 2019. Jacqueline était membre de longue date de la Powys Society, reconnue et très respectée outre-Manche par les spécialistes des Powys.
Nous n’oublierons pas son sourire, sa gentillesse et sa générosité.
Perdita Wane peut-être commandé en ligne sur Amazon, sur le lien suivant :

Segalen, l’exote breton

photo Victor Segalen

Victor Segalen est mort à Huelgoat le 21 Mai 1919.

Pour le centenaire de la mort de cet écrivain singulier, romancier, poète, mais aussi médecin, ethnographe, sinologue et archéologue, nous avons choisi de publier, plutôt que quelques citations de ses œuvres, un petit extrait de Kenneth White, un auteur que nous aimons beaucoup : Fin de saison à Huelgoat, en provenance de son livre La maison des marées (Albin Michel, 2005).

Il fait écho à une remarque pertinente d’Axel Becker qui  récemment soulignait que Segalen était « l’un des rares écrivains de notre planète à avoir littéralement préservé l’expérience des étrangers et des autochtones, sans ethnocentrisme. Ses écrits contiennent toute la fascination de l’étranger… »

A lire dans la rubrique Penseurs et poètes en Bretagne.