Powys et la psychanalyse, lettre à Freud

Pour la nouvelle année nous publions un extrait d’un nouveau livre de Pierrick Hamelin à paraître en mai, aux éditions Les Perséides, intitulé Si je puis me permettre… Lettres à Schopenhauer, Nietzsche et Freud.

A découvrir dans la rubrique Le possible des mots.

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« L’art de résister au malheur » de John Cowper Powys

Les éditions de la Baconnière, basée à Genève, ont récemment publié une traduction de The Art of  Hapiness de John Cowper Powys. Ce texte fut publié en 1923 par l’éditeur Emanuel Haldeman-Julius, dans sa collection des Little Blue Books. Cette traduction, intitulée L’art de résister au malheur, a été réalisée par Judith Coppel. Le texte comporte une introduction par Denis Grozdanovitch et une postface par Judith Coppel, dont nous saluons la justesse de la traduction.

Extrait :

L’idée d’un monde fixe, immuable, objectif, décoloré et aux arêtes dures comme fer, peuplé d’hommes et de femmes vaquant ici ou là avec un visage inexpressif sous un ciel inexpressif, n’est rien d’autre qu’une des illusions de l’esprit humain ! Un tel monde n’est pas plus réel que la romance enchantée née de l’imagination d’un jeune amoureux. L’univers tout entier avec ses pics et ses creux et ses murs infranchissables est constitué par la matière onirique de dix mille millions de fantastiques rêveurs.

Il en est de même avec les consternantes banalités que l’on doit subir ici ou là dans les lieux de sociabilité, banalités qui nous laissent pantois et nous feraient prendre au mot un Thackeray, une George Eliot ou un Flaubert, prétendant que la vie humaine est objectivement cela.

Rien de tel ! Ces visages impassibles, harassés et vides d’expression, qu’on aperçoit dans les trains et dans les automobiles, ces faces miséreuses dans les tristes pensions de famille, ces êtres insignifiants tirés à quatre épingles qu’on voit à la sortie de la messe – tous ceux-là, ainsi que les conversations et les rêves terrifiants que nous leur prêtons, ne sont pas davantage la réalité des humains que ne le sont des mannequins dans une vitrine !

La vérité est que nous recelons tous en nous-mêmes une certaine dimension d’ennui mortel et de lourdeur boueuse, une veine de banalité sans inspiration, et c’est cette lassitude et cette platitude que nous projetons sur le monde tout entier. Car en réalité, ces êtres dont les figures nous affligent avec leur regard vide n’ont pas une vie toujours aussi banale et terne que l’on imagine ; ils connaissent eux aussi, si stupides soient-ils, des moments de délice et d’exaltation.

Journal d’Amiel, 1856-1860

C’est avec plaisir que nous publions trois nouveaux extraits du Journal intime de Henri-Frédéric Amiel : le premier daté du 22 octobre 1856, le deuxième du 4 juillet 1858, et le troisième du 4 juillet 1860. Le deuxième extrait (de 1858) contient sans doute l’un des plus beaux passages de son Journal. 

J’ai fait des bulles de savon la moitié de la journée. N’est-ce pas ce que je fais aussi toute la vie ?

Et ma vie elle-même est-elle autre chose qu’une bulle colorée, flottante et vide, un rêve, une apparence, dont l’éclat éphémère et le volume chimérique se résolvent en une simple larme, en un vain souffle ?

La suite du Journal d’Amiel est à lire ici.

Journal d’Amiel, 1854-1855

« Retrouvé des impressions oubliées de l’enfance, du collégien, et ces effets inexprimables que font les couleurs, les ombres, les rayons, les haies, les chants d’oiseau sur l’âme qui s’ouvre à la poésie. Je suis redevenu jeune, étonné, simple comme la candeur et l’ignorance. Je me suis abandonné à la vie et à la nature, elles m’ont bercé avec une douceur infinie ; j’étais touché par le doigt de la fée, et je comprenais le langage des choses et des êtres. »

Voilà de quoi satisfaire les deux auteurs de ce blog, tant cela résume leurs communes aspirations.

Merci, donc, au timide et complexé Amiel de nous offrir avec son journal l’exemple d’une âme tourmentée, mais aussi ouverte aux frémissements de la nature et aux souvenirs d’impressions qu’ils charrient.

La suite du Journal d’Amiel est à lire ici.

Journal d’Amiel, 1852-1853

En cette nouvelle année, nous poursuivons la publication d’extraits du Journal intime de Henri-Frédéric Amiel, avec trois nouveaux extraits datés du 6 novembre 1852, 17 juin 1852 et 5 février 1853. Nous apprenons dans le premier que l’écrivain refuse les « passions de paille ». Dans le second il déclare la guerre à tout ce qui avilit la noblesse même de l’homme. Et dans le troisième, il nous rappelle, entre autres, que chaque âme a sa météorologie particulière.

A lire dans la rubrique Journal d’Amiel.

Xavier Grall

En hommage au poète breton Xavier Grall qui s’est éteint il y a quarante ans, très exactement le 11 décembre 1981, nous avons choisi de publier les dernières lignes de son poème le plus long : Solo, une œuvre émouvante, magnifique, écrite au sommet de son inspiration poétique.

A lire sur la page Penseurs et poètes en Bretagne.

Illustration : Henri Rivière, « Averse sur la mer ».

« Chaque paysage est un état d’âme »

Suite du Journal de Henri-Frédéric Amiel.

Trois extraits où l’on apprend que le penseur, qu’il fut à sa manière, « est au philosophe ce que le dilettante est à l’artiste », puis qu’il détient La loi du secret – secret qui paraîtra à beaucoup de nos contemporains incompréhensible, voire impensable…

Enfin, le 3 octobre 1851, il décrit, avec beaucoup de talent, un paysage d’automne. On y découvre sa célèbre formule : « Chaque paysage est un état d’âme ».

Le Journal d’Amiel est à lire ici.

Illustration : Jan Van Goyen, Paysage aux deux chênes (1641)

L’Atelier du roman n°107, « John Cowper Powys, Au commencement fut la sensation »

Le prochain numéro de la revue l’Atelier du roman, coordonné par Lakis Proguidis, est consacré à John Cowper Powys. Nous avons eu le grand plaisir d’y participer aux côtés de nos amis Denis Grozdanovitch et Marcella Henderson-Peal.

Voici sa présentation :

Vu l’inquiétude, feinte ou sincère, qui s’empare de l’homme contemporain face au sort de la nature et des enfants contemporains face au sort de la planète, il nous a semblé que la lecture et relecture de l’œuvre de John Cowper Powys (1872-1963) était nécessaire, voire vitale. La tâche a été accomplie par une douzaine d’écrivains. Sans consultation préalable et libres de leurs choix, ils aboutissent tous au même constat – chacun à sa manière : s’il y a une grande leçon à tirer de Powys, elle ne peut concerner que la disparition progressive du rapport sensuel de l’homme à la nature. Disparition dont nous sommes désormais bien placés pour mesurer les conséquences catastrophiques.

En librairie le 2 décembre 2021. 192 pages.