« La vie est un jeu sérieux », le nouveau roman de Pierrick Hamelin

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Alors voilà. C’est l’histoire de Pierre, installé dans la maison où sa mère – décédée – séjournait quelques semaines chaque année, et qu’il a décidé de rénover. Sauf que Pierre est un disciple appliqué d’Oblomov – le célèbre « héros » du roman éponyme d’Ivan Gontcharov – : c’est un paresseux hors catégorie. C’est que la paresse ici n’est pas un manque d’activité, de motivation, de goût pour l’action ; c’est un style de vie, un choix assumé, une fin en soi : « En fait, ce qui vous agace, je le sens bien, c’est mon refus de justifier mon repos. Je vous comprends : rien, absolument rien ne le justifie. » Et d’amener le lecteur à s’interroger sur le monde où, comme les autres, il s’agite (comme disait déjà Diogène le cynique). Alors que peut faire un paresseux sinon s’imposer d’aller voir le Taj Mahal pour réaliser le rêve de sa mère ? Puisqu’on est dans le « ne rien faire », la jonction est évidente avec le « tout est possible ». La preuve : pour gagner des sous – le monde n’étant pas bien fait, surtout pour les paresseux – il devient coach de vie (« life coaching » en bon français). Autour de lui gravitent plusieurs femmes – Mathilde, Anna, Karen, Eloïse… Alors bien sûr il tombe amoureux – forcément puisqu’il ne fait rien pour ça – et c’est là que les choses se compliquent – forcément, puisqu’il fait tout pour ça. Quand on ne joue pas le jeu du monde, le paresseux est plus exposé que les autres : au rêve, au désir, à la confusion des genres… ce qui le rend plus fragile, ou bien plus fort, allez savoir. Pierre m’a fait penser parfois – pardon pour le poids de la référence – à Meursault, l’Etranger d’un certain Albert C. : insouciant, hors du coup, superficiel, et profond par sa superficialité même. Il y a quelques rebondissements dans le roman de Pierrick Hamelin, mais ce n’est pas l’essentiel, me semble-t-il. L’essentiel, c’est qu’on se coule dans le texte et qu’on goûte la langue, délicate, précise, élégante. Et qu’on aimerait bien un jour se mesurer à ce personnage, savoir si on aurait le cran d’envisager seulement de se donner cette règle de vie : « Je pourrais être ici personne, m’en tenir strictement au temps présent et n’avoir qu’un but, celui de n’en avoir aucun… ». Au moins, ça donnerait le temps de lire les autres livres de cet auteur. Puisque je n’arrête pas de vous  le dire : de toute façon il faut lire Pierrick Hamelin !

Jean-Luc Nativelle, à propos de La vie est un jeu sérieux de Pierrick Hamelin (éditons Les Perséides, 2019).

Site de l’éditeur : http://lesperseides.fr/la-vie-est-un-jeu-serieux/

Dès la jeunesse, avoir la force de l’âge mûr. Dans la vieillesse garder l’élan de la jeunesse.

Qu’apporte la vieillesse dans la vie d’un homme ou d’une femme ? La jeunesse vaut-elle mieux que tout le reste ? Telles sont les questions existentielles posées par la germaniste Geneviève Bianquis à propos des Monologues de Schleiermacher. Une méditation en résonance avec le livre de Pierrick Hamelin, C’était donc ça vieillir ? (Les Perséides, 2018).

Lire dans la rubrique Miscellanées.

Pour le nouvel an

Nietzsche et sa mère

Pour le nouvel an. – Je vis encore, je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Puisque chacun aujourd’hui  se permet d’exprimer son vœu et sa pensée la plus chère, je vais moi aussi dire ce que je souhaite de moi-même et quelle est la pensée, cette année, la première dans mon cœur– quelle est la pensée qui devra être dorénavant  pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses.

Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux pas même accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit ma seule négation ! Et, somme toute, en un mot : je veux désormais n’être rien d’autre que quelqu’un qui dit oui !

Friedrich Nietzsche

Le Gai Savoir (§276, Livre IV)

Œuvres, éditions Robert Laffont, 1993 (traduction de Peter Pütz)

Illustration : Nietzsche et sa mère, par Louis Held (Weimar, sans date)